Randonnée pédestre: Avez-vous pensé à la Turquie?

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Depuis quelques années, le trek a pris son essor en Turquie et son réseau compte aujourd’hui plus d’une quinzaine de grands sentiers pédestres, cyclables et équestres. La Voie lycienne, tête d’affiche de ce virage plein air, est une grande randonnée de plus de 500 km dans le sud de la Turquie, longeant la Méditerranée entre Fethiye et Antalya. Officialisée en l’an 2000, on y marche sur des sentiers utilisés par les civilisations locales depuis plus de deux millénaires. Des paysages de bords de mer, de montagnes, de ruines grecques et de plantations locales s’y succèdent, offrant une expérience très variée et faisant de la Voie lycienne l’un des treks les plus attrayants au monde.

Chacun peut décider d’y marcher les sections qui lui plaisent ou, encore mieux, la totalité du sentier. Pour ce faire, il faudra prévoir de 20 à 28 jours de marche, sans compter les jours de repos. De plus, deux ou trois sections d’autonomie en montagne requièrent de l’équipement de camping, mais peuvent facilement être évitées pour ceux qui préfèrent alléger leur sac à dos.

Alexandre et Julie de Poète sans Frontières, répondent à nos questions et nous parlent de leur expérience sur la Voie lycienne.

  • Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce sentier en particulier ?

Il faut dire qu’Alexandre avait déjà complété la presque totalité de la Voie Lycienne trois ans auparavant. Il savait donc que malgré que ce soit une longue randonnée, elle n’est pas trop un casse-tête du point de vue de la logistique puisque l’on rencontre des villages presque tous les jours, ce qui permet de limiter les journées en complète autonomie. Le trek en lui-même est diversifié côté paysages, alternant bords de Méditerranée et montagnes, et la culture turque très accueillante. Rajoutez à ça les baklavas et vous avez une recette gagnante !

  • Quels sont les plus gros obstacles ou défis que vous avez rencontrés sur votre route ?

La Voie Lycienne n’est pas une randonnée technique en aucune façon. Il est cependant intéressant de souligner que c’était notre première randonnée ensemble. En bout de ligne, nous n’avons rencontré qu’un seul obstacle de taille : la chaleur. Le sud de la Turquie profite d’un climat déjà bien plus chaud que celui du Québec, nous avons de plus eu la mauvaise idée de faire le sentier en plein été plutôt qu’au printemps. Les températures de 30 à 40 degrés ont accentué deux défis déjà bien présents : le poids de nos sacs et l’eau potable. Comme nous sommes partis pour très longtemps, nous traînions avec nous plus que le nécessaire pour cette seule randonnée. De plus, les sources d’eau asséchées par la canicule régionale et nos efforts sous un soleil de plomb nous forçaient à traîner beaucoup plus d’eau que prévu.

C’est à contrecœur que nous avons finalement décidé de mettre fin à notre trek à 9 jours de la ligne d’arrivée, après plus de 300 km de marche. Malgré nos réveils vers 5 h, nos après-midi complets arrêtés à l’ombre pour mieux repartir vers 17 h ou 18 h, rien n’y faisait. La canicule historique qui frappait la Turquie ne nous a pas laissé de choix.

 

  • Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

Julie : C’était la première fois que je faisais un trek en devant porter moi-même mon sac à dos de 65 L sur une aussi grande distance (le projet était de parcourir l’entièreté des 540 km !). Dans une journée normale où nous devions transporter de la nourriture pour deux ou trois repas en plus d’une quantité importante d’eau, mon sac pesait environ 22 kg. Bien que ce ne fut pas toujours facile, la Voie lycienne en compagnie d’Alex m’a rappelé qu’en suivant son rythme, on peut définitivement franchir des distances qui nous paraissent démesurées et que plus souvent qu’autrement, le défi est de ne pas sous-estimer ses capacités !

Alexandre : La première fois que j’ai fait la Voie lycienne, c’était aussi ma première grande randonnée solo et l’expérience m’a fasciné. On apprend énormément sur soi-même, sur son endurance mentale et physique, sur ses peurs et sur ce qui nous importe vraiment lorsqu’on se lance dans ce genre d’aventures. Cette fois-ci, trois ans plus tard, fut aussi à la fois excitante et ardue compte tenu de la chaleur écrasante qui nous forçait à redoubler d’imagination et de persévérance pour en venir à bout. Et surtout, tant la première fois que la deuxième, c’est le contact avec les Turcs qui me charme. Leur hospitalité et générosité sont phénoménales, et ont vite fait de faire tomber bien des étiquettes infondées.

  • Quel est le meilleur temps de l’année pour marcher le long de la Voie Lycienne ?

Les mois de mars et avril sont les plus agréables et les plus jolis, mais aussi les plus achalandés (pour ce que ça vaut sur un sentier relativement peu fréquenté). Il est toutefois possible de marcher la Voie Lycienne de la fin février à la fin mai sans rencontrer de températures trop extrêmes.

 

  • Quels seraient vos meilleurs conseils pour quelqu’un qui se préparerait pour cette longue randonnée ?

Tout d’abord, choisissez bien votre temps de l’année. Alexandre l’a déjà marché au mois de mai et son appréciation du sentier et des paysages fut chaque fois profondément influencée par le climat. Ensuite, si vous voulez profiter au maximum de la Voie Lycienne, apportez une tente. Outre les deux sections en montagne qui en nécessitent une, l’expérience de la région et des paysages qu’elle a à offrir en sera certainement plus mémorable et savoureuse. Finalement, la Turquie ayant une culture très hospitalière, il est impératif d’aller vers les locaux et de s’intéresser à eux. Leur générosité vous charmera à coup sûr !

  • Quelle aura été votre section préférée du sentier et/ou quels auront étés vos moments forts de votre séjour ?

Pour Julie qui n’avait pas vu la Méditerranée auparavant, les sections qui offraient un point de vue sur la mer ou qui la longeaient donnaient tout son sens à l’effort. Lors du choix de la randonnée, c’était d’ailleurs un point fort de la Voie lycienne : le charme de la mer. La section montagneuse en autonomie de Demre à Finike est le genre de défi qu’Alex adore. Nous avons tous les deux apprécié l’isolation que nous ont offerte ces 40 kilomètres de sentier, les ruines plusieurs fois millénaires rencontrées en chemin et les passages en forêt qui contrastent avec le bord de mer.

C’est dans cette section que nous avons vécu le moment le plus mémorable des 300 kilomètres que nous avons parcourus : alors que la source d’eau à laquelle nous espérions faire nos réserves pour les 16 prochaines heures s’est avérée contaminée, une famille de bergers nous a accueillis chez elle, nourris et fournis en eau potable glacée. Leur bonté, qui n’avait d’égal que la simplicité de leur refuge, a largement compensé l’absence de langue commune et nous a donné l’énergie nécessaire pour poursuivre notre ascension.

  • Avez-vous d’autres longues randonnées ou gros projets qui s’en viennent ?

Oui ! Nous sommes présentement en Géorgie (le pays, pas l’état américain) où nous avons mis sur pied un grand projet de randonnée. Dès le premier août, nous entamerons le projet Expédition Caucase, une traversée de la Géorgie à pied, de la Russie à l’Arménie. Un trek de 600 à 700 km qui devrait prendre au moins deux mois à compléter. Nous aspirons ensuite à poursuivre le trek à travers l’Arménie jusqu’à la frontière iranienne, doublant ainsi la distance totale parcourue. Pour ceux qui seraient intéressés à suivre cette aventure inédite, vous pouvez visiter notre blogue Poète sans Frontières, en plus de nous retrouver sur Facebook et Instagram sous le nom Poète sans Frontières.


À propos de Poète sans Frontières

Natif de Sherbrooke et titulaire d’un baccalauréat en Philosophie et Relations Internationales, Alexandre est en voyage depuis août 2013. Grand amoureux du plein air, il marie voyage et escalade, treks, kayak, plongée en apnée, cyclisme et sports extrêmes. Il est aussi un passionné d’Ultimate Frisbee, ses voyages lui permettant de participer à de nombreux tournois internationaux. Sa soif de dépaysement lui permettra d’apprendre le surf aux Philippines et le massage traditionnel thaï en Thaïlande, de travailler un an en Chine et en Australie, de traverser seul des cols himalayens et de mettre les pieds en Corée du Nord.

Depuis plusieurs années, Julie cumule elle aussi les expériences de voyage et de travail à l’étranger (États-Unis, Asie du Sud-Est, Amérique du Sud et Amérique Centrale, Inde, Turquie, etc.), le plus souvent en solo. Ses nombreux intérêts l’ont amenée à étudier dans plusieurs programmes d’études différents : tourisme, enseignement, gérontologie et service social. Julie est une passionnée du monde sous toutes ses coutures et les meilleures destinations sont pour elles celles où contacts avec les locaux et grands espaces se côtoient.

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